Très cher Vous...
C'est donc d'abord votre regard qui se pose sur mes mots. Et j'en frissonne. Même si je vous suis destiné, il faudra m'apprivoiser, et un peu de retenu ne sera pas de trop. Laissez-moi le temps de me dévêtir l'âme. De vous présenter ce que je suis.
Ne bougez plus... Je prends les choses en main.
Regardez-moi d'abord. Je m'avance d'un pas. Les cheveux noir, en bataille. Les yeux bleus soulignés d'un trait. Je souris en silence. De ma main droite j'ai retirée ma cravate, pour laisser se soulever sous ma chemise blanche ma poitrine libéré du joug de quelques boutons par la main gauche. Vous froncez les sourcils ? Non rassurez-vous, vous lisez bien "NARCYS" tatoué sur mon torse, à la naissance du cou. Vous observez le tressaillement de ma peau au sommet de la lettre A, sous les pulsations de mon coeur. Narcys, c'est mon nom, référence mystique et mythologique à celui qui se perd dans son reflet. Et mon reflet, c'est dans vos yeux. Peut-être m'y perdrai-je ? Pas avant que vous sachiez ce que je suis en tous cas...
Je m'approche encore, un peu. Vous levez les yeux vers me lèvres qui vous soufflent "je suis un homme, je suis une femme, et pourtant je ne suis aucun des deux, car simplement humain". Ma respiration se bloque. Une seconde. Puis vous souriez, et je respire de nouveau. Je détache le reste de mes boutons, enhardi. Mes doigts, dont les ongles soignés sont vernis de noir, écartent les pans de ma chemise comme s'ils découvraient mes propres entrailles. Je serre les dents. Et un nouveau mot vous apparait : ROCK. Gravé dans les chairs juste au-dessous du coeur. Vous frissonez. Et soudain, venant de nulle part, une mélodie. Discrète. Mais qui monte crescendo. Des synthétiseurs qui sonnent une charge, un ryhtme tribal, une foule qui se lève, et tous ces sons semblent venir de votre corps. Vos yeux m'interrogent, un peu effrayés. Vous ne comprenez pas ? Vous... Regardez... Je me retourne, enfouissant mon visage dans mes mains, offrant mon dos à votre regard. Au creux de mes reins, ma peau semble vous être transparente. Vous voyez à l'intérieur de mon âme, littéralement. Vous voyez des pans entiers de soie rouge virevolter, écrin merveilleux à ma colère et aux douleurs passées. Des flocons de strass. Un océan torturé sous une enveloppe si calme aussi. Au rythme de votre rythme intérieur, des éclairs stroboscopiques. Un petit garçon qui semble embrasser tour-à-tour une petite fille et un autre petit garçon. Et ils rient aux éclats. Par-dessus mon épaule, les mains jointes, je vous observe vous pencher pour observer, me lire. Une larme de sang coule lentement sur ma joue blême. Qu'il est dur de se mettre a nu devant vous !
Je me retourne complètement, et doucement. La mâchoire serrée. Je tente un sourire. Mais vous en voulez plus... Ne me reste que ma longue jupe sombre et soyeuse. J'y accroche mes doigts, comme le ferait un escaladeur imprudent à la roche qui le retient au-dessus du vide... Dans les reflets, des mots vous apparaissent. Puis des phrases. Les lettres dansent, ondulent, forment dans votre esprit l'image d'une génération d'hommes et de femmes qui assis, la tête dans les mains répètent comme un mantra "ça n'est pas ma vie. Ma vie c'est autre chose : être moi, enfin. Etre, quoique je sois". Mais ils ne se relèvent pas, pliés sous le poids d'un joug pire que tout : le mensonge. On leur a toujours dit qu'ils étaient libres ! Libre de choisir ! Mais les choix leurs sont imposés. Alors aveugle désespéré qui regarde ou devant ou derrière, vous envisagez enfin de regardez au-dessus. Enfin vous êtes de ceux qui lèvent la tête. Vos yeux ont peur, mais rassurez-vous, nous sommes de plus en plus nombreux, à ne pas avoir à choisir entre le blanc et le noir, la droite ou la gauche, son pays ou sa culture, l'homme ou la femme. Nos vies se détaillent en une multitudes de reflets, de nuances, de liberté.
Maintenant si proche de vous, je pose ma main sur votre épaule. Ma jupe n'est plus. Nu face à vous qui avez les yeux perdus dans les cieux, vous faites d'un coup tremblez tout mon être en un cri déchirant. Cela dure une éternité. Longuement, vous vous videz de tout ce qui vous écrasait, vous tourmentait, agitait vos entrailles depuis si longtemps... Puis enfin cela cesse, et tout redevient vierge. Vous baissez enfin les yeux vers moi, le regard neuf, le regard heureux, le regard de celui qui veut connaitre le sens du mot liberté qui s'inscrit sur votre peau autour de votre poignet, comme le vestige d'un ancien lien qui vous tenait prisonnier.
Je me penche, vous laisse un baiser. Et dans une larme vous me comprenez. Je m'éloigne, 2 lettres sur votre peau gravées, NG. Et je disparais, l'âme nue, le poing levé...
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